Pour sa première exposition personnelle à la Galerie Lelong, Barthélémy Toguo a créé une sorte de théâtre invitant le spectateur à entrer dans sa perception du monde. Dans cette mise en scène, l’œil est aussitôt capté par des milliers de salamandres en porcelaine qui ont envahi, du sol au plafond, les vastes murs blancs de la galerie. Habituellement douces, on découvrira qu’elles dévorent un nourrisson abandonné sur un monticule. Aux murs, nombre de dessins aux titres évocateurs : Who is the true terrorist ? , Pollutions , Purifications, The Devil defeated by Nature... dépeignent, en couleurs diluées, des saynètes du quotidien : des corps qui à la fois jouissent et souffrent, continuellement tiraillés par l'excès de plaisir qui entraîne leur douleur et leur perte. C'est un homme dévastateur et autodestructeur qui est évoqué dans Your face, Devil’s head . Un homme finalement vaincu par la nature. Mais au fil du parcours, au long d’une idyllique douceur ouatée, plantes et fleurs se fanent, se dessèchent, comme notre société en perdition. La vidéo Shame on you nous entraîne dans un tourbillon qui célèbre la force et le pouvoir de l'eau, pour devenir plus subtil et poétique dans Tiny flower . Un mur retrace, grâce à plusieurs photographies, les différentes performances réalisées par Toguo entre 1996 et 2009, de Transit , Pure and clean, In a turkish jail… jusqu’à Torture in Guantanamo. Le triptyque Stupid African President met en évidence l’échec de tant de leaders africains. Au centre, un cercueil d’où sortent des mains interroge le destin de la planète. Une marmite sur un foyer de charbon de bois, un groupe de balais forment un hommage à la mère. Sous une moustiquaire, un lit où s’entassent des vêtements : fragile protection de l’enfance menacée. Le processus de désagrégation se termine sur un travail en forme de cartes postales. Deux pièces de la série Head above water réalisées à Johannesburg et à Auschwitz-Birkenau ; cette réflexion commencée en 2004 au Kosovo, a ensuite été déclinée par Toguo dans différents pays et villes emblématiques : Lagos, Cuba, Mexico, Hiroshima… A chaque fois la parole est donnée aux habitants qui parlent librement de leur environnement, de leur situation, de leurs attentes, de leurs espoirs, sur des cartes postales illustrées qui deviennent alors autant de témoignages. A Auschwitz, ce sont autant de silences.
Lors de l'exposition, Barthélémy Toguo réalise une performance intitulée
Public Enemy à la Galerie Lelong
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