Dans cette nouvelle exposition, Barthélémy Toguo déploie une cartographie sensible du monde contemporain au fil du récit d’un déplacement permanent, à la fois géographique, culturel et spirituel. Les voyages de l’artiste le guident vers une transformation profonde de sa pratique. Il y puise une méthode de connaissance et de création : chaque territoire visité devient un lieu d’échange et de collaboration, où les savoir-faire locaux, les mythologies et les mémoires collectives nourrissent sa réflexion sur l’humanité et son rapport au vivant.
Invité à résider au Japon en avril dernier, Toguo découvre une relation au monde qui fait écho à sa culture camerounaise. Dans la tradition shintoïste, où la nature est habitée par des forces invisibles, il observe des similitudes avec les conceptions animistes qui ont nourri son enfance. Cette rencontre donne vie à une série de dessins réalisés sur papier washi, dans lesquels des divinités apparaissent comme les gardiennes d’un équilibre fragile entre l’homme et son environnement.
Au Maroc, il dialogue avec les céramistes de Salé, dont les techniques ancestrales enrichissent sa réflexion sur les formes. En Inde, sa collaboration avec les ateliers de broderie de la Chanakya School of Craft à Mumbai ouvre de nouvelles possibilités plastiques : ses dessins se transforment en une trame de fils, de textures et de gestes patients. À Paris, la rencontre avec les artisans de la Manufacture de Sèvres donne naissance à des porcelaines variées, aux décors marins. Coraux, algues et organismes aquatiques composent un paysage somptueux mais aussi menacé, rappelant l’urgence écologique qui traverse son œuvre. L’exposition se termine sur une série de portraits en bronze réalisés à Ouagadougou, au Burkina Faso. Conçues comme d’imposantes pièces de monnaie, ces figures rendent hommage à des personnalités majeures de l’histoire africaine. En détournant l’iconographie du pouvoir économique, Toguo réaffirme la valeur symbolique et politique de celles et ceux qui ont façonné le continent.
À travers la diversité des médiums et des influences explorés dans cette exposition, Barthélémy Toguo construit un lieu de circulation des imaginaires, dans lequel les cultures et les traditions se rencontrent avec harmonie. Pour l’artiste, le voyage est une manière d’habiter le monde et d’en célébrer la profonde unité.
Barthélémy Toguo est né à Mbalmayo en 1967. S’il s’installe en Europe, devenant citoyen français, il reste profondément enraciné au Cameroun où il retourne très régulièrement. Il y a créé Bandjoun Station, une fondation destinée à accueillir en résidence, dans des logements-ateliers, des artistes et des chercheurs du monde entier pour développer des propositions en adéquation avec la communauté locale. The Nomadic Studio est la dixième exposition que la Galerie Lelong consacre à Barthélémy Toguo depuis 2010, à la suite de The Lost Dogs’ Orchestra (Paris, 2010), Hidden Faces (Paris, 2013), Strange Fruit (Paris, 2017), Urban Requiem (New York, 2019), Wouri, Donga, Sanaga... (Paris, 2019), If Not Now, When? (Paris, 2020), Partages (Paris, 2021) and Water is a Right (Paris, 2023), Roots (Paris, 2025).