L’été 2025, Wang Yancheng était invité à exposer à la Galleria dell'Accademia de Florence, dans une vaste salle à quelques dizaines de mètres du grand David en marbre de Michel-Ange. L’exposition s’intitulait « Luce, energia e infinito ». Cette consécration italienne, qu’avait précédé en 2020 une exposition à la Galleria d’Arte Moderna de Rome, succédait à une reconnaissance au Japon en 2025 au Musée National de Tokyo : « Wang Yancheng’s World ».
L’œuvre de ce peintre de culture et formation chinoise, qui a su très vite s’ouvrir à une dimension internationale de l’art, tout en restant fidèle à sa trajectoire initiée sous le regard bienveillant de Zao Wou-Ki et Chu Teh-Chun, atteint maintenant sa pleine maturité. Parfois classé trop rapidement sous l’étiquette facile de l’Abstraction lyrique, Wang façonne un monde pictural très personnel qui désormais voit l’espace s’aérer, s’ouvrir sur des tensions que l’on pourrait qualifier de cosmiques.
« Je peins en respectant mon intuition et mes sensations, écrit-il. Libéré de la pression des traditions qui entravent, je laisse surgir la mémoire nichée au cœur de mon être. »
Ces deux dernières années ont vu l’artiste pratiquer pour la première fois depuis longtemps le travail sur papier. Pour sa deuxième exposition à la galerie, sont nées sur un très épais papier aquarelle deux superbes séries : la suite Impact en 2025, et la suite Contrecoup en 2026. Le format contraint de la feuille de 77 x 57 cm amène le peintre à concilier une extrême tension et un relâchement contrôlé. « J’utilise les intervalles et les distances dans le champ visuel, ainsi que les interactions entre les entités, à la recherche d’un champ d’énergie, » déclare-t-il.
C’est à juste titre qu’on a pu reprendre, pour désigner le monde pictural de Wang, le néologisme « chaosmos » inventé par James Joyce dans Finnegans Wake et repris par Gilles Deleuze en 1968 pour signifier l’identité interne du monde et du chaos. C’est le défi que Wang s’est donné.
« La qualité très singulière — pour ainsi dire l’événement majeur qui définit les événements de la peinture de Wang — c’est, en fait, qu’elle est une sorte de transit bref, dévasté et instable entre deux lieux indéterminables. Regardant ses toiles, nous sommes transportés dans un autre lieu invisible, dont la toile est le point de passage, à la fois flou et pressant, incontournable et pourtant contingent. » Giorgio Agamben.