Paris — New York
Rythmes et vibrations
04 juin - 24 juillet 2020
Dès l’origine de l’art abstrait, deux lignes ont bifurqué, indiquant des tendances apparemment opposées : d’une part un art construit et économe, proscrivant souvent les courbes, semblant donner la primeur à la pensée et au programme, d’autre part, un art plus chaleureux et informel où la spontanéité et la sensibilité imposent leur rythme. Mais ces deux lignes n’ont jamais cessé de s’interpénétrer et de se nourrir mutuellement. Chez de nombreux peintres, elles cohabitent ou se succèdent.
Ernest Pignon-Ernest
Ernest Pignon-Ernest : Naples - Pasolini - Derrière la vitre - 20 mai - 13 juin 2020
L’exposition d’Ernest Pignon-Ernest au Palais des Papes d’Avignon, de juin 2019 à février 2020 a rencontré un succès extraordinaire : 400 000 visiteurs ; cela se passe de commentaires. Pour saluer ce succès et l’inauguration récente de son œuvre pour la station de tramway Garibaldi de Nice, voici une exposition d’œuvres, photographies et dessins, pour plusieurs inédites, appartenant à trois moments essentiels de la carrière de l’artiste.
Richard Serra
Richard Serra: Nouvelles estampes - 12 mars - 24 juillet 2020
Richard Serra (San Francisco, 1939) est l’un des grands sculpteurs contemporains dont la détermination à bâtir un oeuvre gravé conséquent, rigoureux (toujours le noir) et novateur est la plus remarquable. Ayant exploré les ressources de la lithographie puis de la sérigraphie dans les années 1970 et 1980, il s’est depuis 30 ans consacré à la gravure en petit, moyen et surtout très grand format.
Antoni Tàpies
L'objet - 12 mars - 13 juin 2020
Au 38 Avenue Matignon - Célébré mondialement dès la fin des années 1950 pour ses tableaux en matière, souvent monochromes, Tàpies (1923-2012) a été abusivement perçu au début de sa carrière comme un peintre purement abstrait. En fait, il n’a cessé d’observer le réel et de tenter d’en rendre compte d’une manière libérée.

Expositions

Le premier lié à Naples, cette ville-monde à la profondeur historique et humaine exceptionnelle où Ernest a travaillé à plusieurs reprises des années 80 jusqu’à très récemment. Évoquant la Sybille ou le purgatoire, éveillant la flagellation du Caravage ou Pulcinella, toujours au contact de la vie quotidienne du peuple napolitain qui lui rappelait le Nice populaire de son enfance.

Le second, touchant à Pier Paolo Pasolini, ce poète-romancier-cinéaste inclassable, au tranchant toujours acéré, qui traverse comme un fil rouge quatre décennies d’interventions d’Ernest, de Certaldo, la ville de Boccace en 1980, à Scampia, Ostie, Rome et Matera en 2016 en passant par Naples en 1990. Pasolini supplicié tête en bas, comme saint Pierre, Pasolini dédoublé, portant son propre cadavre en des lieux qu’il avait hantés…

Le troisième, où l’artiste fouille et exhibe les détresses urbaines contemporaines, comme il le fit dès les années 70. Il y avait encore des cabines téléphoniques au milieu des années 90 ; s’y réfugiaient souvent la nuit des sans logis, des désespérés… Puisant certaines de ses figures chez Hopper ou Lautrec, en inventant d’autres, Ernest a su mettre en lumière ces drames nocturnes cachés « derrière la vitre ».

L’essentiel du travail de Serra en sculpture consiste à transmettre au spectateur une sensation d’équilibre instable entre un poids et des proportions. En ne cessant d’inventer, avec ses imprimeurs californiens, de nouveaux procédés, de nouvelles encres ou mixtures, de nouveaux modes de tirages, il est parvenu avec brio à transposer cette recherche dans les deux dimensions de la gravure.

Elevational Weight 1
Richard Serra
Elevational Weight 1, 2016, paintstick et silice, 28 exemplaires, 94 x 68,5 cm
Right Angle I
Richard Serra
Right Angle I, 2019, paintstick et silice, 48 exemplaires, 46 x 38 cm
Right Angle III
Richard Serra
Right Angle III, 2019, paintstick et silice, 28 exemplaires, 81 x 86 cm

Au printemps 2018, la Galerie Lelong & Co. présentait les immenses et imposants Rift. Cette nouvelle exposition présentera entre autres les Right Angle de 2019, juste terminés.

Tandis que le Pop Art américain célébrait l’objet publicitaire rutilant, Tàpies préférait l’objet humble et usagé, précurseur en cela de l’Arte Povera. Qu’il soit représenté ou directement emprunté à la réalité, l’objet chez Tàpies n’est le plus souvent que le signe de sa forme, sans métaphore ni message. C’est de cette simplicité parfois brutale qu’il tire sa force plastique.

Cadira
Antoni Tàpies
1983, email sur terre chamottée, 97 x 46 x 54 cm
Raspalls
Antoni Tàpies
2002, technique mixte et collage sur bois, 89 x 116 cm
Palangana
Antoni Tàpies
2009, technique mixte et assemblage sur toile, 162 x 130 x 24 cm

Ses oeuvres ont été exposées dans les plus grands musées du monde : au Solomon R. Guggenheim Museum à New York (1962), au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris (1973), à la Nationalgalerie de Berlin (1974), au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia à Madrid (1990), au Contemporary Arts Center à Cincinnati (2010), au Palazzo Fortuny à Venise (2013) ou encore au Guggenheim Museum de Bilbao (2013). Il a également participé à quatre Biennale de Venise, notamment en 1993, année où il représente l’Espagne et remporte le Lion d’or.
En plus de nombreux catalogues d’exposition, la Galerie Lelong a publié deux volumes d’écrits d’Antoni Tàpies, La réalité comme art et L’art et ses lieux.